Lausanne City Management ou un partenariat public-privé

MIS EN LIGNE LE 15 décembre 2007

“Le City Management offre une identité unique pour l’ensemble du commerce lausannois et valide un argument de poids à savoir : Lausanne est, et restera, le plus grand centre commercial du canton !” voilà ce qu’on peut lire sur le site de la Fondation City Management Lausanne (www.city-management.ch) chargée de renforcer l’attractivité de Lausanne dans une dimension exclusivement mercantile. Ce qui est en jeu avec le “City management”, c’est une manière de penser et d’organiser la ville en l’insérant ou non dans un projet urbain de long terme.

Objectif du City management

La politique du “City management” s’inscrit dans le cadre plus large de la politique de “marketing urbain” de la municipalité lausannoise. Celle-ci vise à mettre en évidence, tant pour les habitant.e.s qu’à l’extérieur de la ville, les avantages comparatifs de telle ou telle cité. Avec le volet “City management”, DECLIC (association économique du commerces qui a développé le projet) a su dénicher ce qui faisait la véritable valeur de Lausanne, soit un centre de commerce et de loisirs : “Le but global du “City management” est d’augmenter l’attractivité de l’hypercentre comme lieu d’achats et de divertissements et d’y augmenter la valeur ajoutée commerciale”. Le cadre devant orienter le développement de la ville est ainsi posé dans le préavis No 2006/51 du 28 septembre 2006 signé, au nom de la municipalité, par Daniel Brélaz.

S’il fallait un “City management”, c’est parce que le commerce urbain aurait perdu environ 30% de son chiffre d’affaires depuis le développement des zones commerciales périphériques. Le professeur Antonio Da Cunha de l’Université de Lausanne réfute le lien direct entre développement de la périphérie et dépérissement du centre. Selon lui, la perte de vitalité du centre-ville n’est pas générale et ne concerne pas tout le monde. Il observe que depuis quelque temps, le coeur des affaires de la ville se renouvelle avec des activités à forte valeur ajoutée (luxe, banques, assurances, études d’avocats, bureaux de marketing se substituent aux petits commerces traditionnels ou aux logements habités par la classe moyenne).

Qui du privé, qui du public ?

Le City management, issu d’un partenariat public-privé, manque cruellement d’originalité et la dimension publique, collective, a été ensevelie sous la dimension privée. Dans un projet, dont le but global est le développement et la promotion de la ville, aucune référence n’est faite au tissu de sociabilité ou de convivialité que pourrait rechercher le citoyen. Seuls les clients et les consommateurs semblent être les bienvenus au centre de Lausanne. Ce constat n’est pas étonnant lorsqu’on regarde de plus près les acteurs.trices qui ont participé à l’élaboration de la politique de “City management”. Son Conseil de fondation se compose de deux représentants de la Commune (Daniel Brélaz et Silvia Zamora) et de sept représentant.e.s d’associations de commerces, parkings et tourisme [1]. Alors qu’aucune consultation n’a été effectuée auprès des commerçant.e.s et restaurateurs.trices ni sur le fond, ni sur la taxe, ni la mise en oeuvre du projet, on peut lire que “le règlement d’application de cette taxe a été rédigée par Déclic. Il offre toutes les garanties nécessaires pour que les milieux commerçants restent maîtres de ce projet” Est-il habituel qu’une organisation privée rédige des règlements publics ? Il est à noter ici qu’aucun des autres “city management (Chaux-de-Fonds, Delémont, Lyon) n’ont mis en place un système de taxe obligatoire de financement.

Une taxation dégressive Afin de revivifier le centre ville, tout les commerçant.e.s de détail, les cafés-restaurants et les parkings devront verser à la Fondation une taxe calculée au prorata du nombre de ses employé.e.s, y compris les bénévoles. Ce montant varie de CHF 240.- pour un commerce occupant un.e seul.e employé.e à plein temps à CHF 74.- pour une grande entreprise occupant 217 équivalent plein temps. Au delà, la taxe par employé ne cesse de diminuer puisqu’ un plafond à été prévu à CHF 16000.-. Cette taxation est donc fortement dégressive et favorise les grands commerces au détriment des petits. Les 1,6 et 2,5 millions de francs par année, dont une participation de la Ville de CHF 750’000.-, serviront à financer des projets dit d’intérêt général : Halloween, les Fêtes de Noël, BD – FIL et des animations secondaires dont on ne sait encore rien. Enfin, on peut s’étonner que le syndic écologiste de Lausanne adhère à l’encouragement, inscrit dans le préavis, d’accéder en voiture au coeur de la ville. Un tarif préférentiel des parkings du centre devrait voir le jour le samedi. Le projet en détail ? difficile d’en dire plus.

Alors qu’il recevait un accueil chaleureux de la Droite mais aussi des Verts et du parti Socialiste, seul A gauche toute (POP/SolidaritéS) s’est opposé à ce projet. Dès l’annonce du projet, la fronde des commerçant.e.s s’était organisée sous la houlette de Muriel Testuz, tenancière du “Ptit Bar” du bout du Pont Bessière qui a créé l’Association Super City Management Non Merci ! (http://www.supercitymanagement-nonm...). Aujourd’hui, l’association compte 425 membres et ce nombre augmente de jour en jour. Une pétition de 1’100 signatures a été récoltée et des demandes de recours, 269 pour l’heure, sont attendues. Les opposant.e.s sont les commerces de taille petite ou moyenne, dont les kiosques indépendants, les boulangeries, les restaurateurs etc. Des acteurs inattendus ont rejoint les opposants. Le patron de Coop Suisse et la chaîne des pharmacies et parfumiers Sun store. Plusieurs petits commerces s’insurgent contre l’absence de la dimension de sociabilité. Ce n’est donc pas que les intérêts purement individuels et mercantiles qu’ils défendent.

Pour Antonio Da Cunha, « les stratégies qui tournent autour de l’animation, du « teasing » urbain, finissent par se ressembler d’une ville à l’autre. Au point de réduire chaque cité au même stéréotype : un centre commercial transformé en paradis du shopping. En attendant des expertises sérieuses analysant leur efficacité et leur impact social » [2].

 

[1] Les présidents de DECLIC, de l’’association des commerçants lausannois, de l’Association des parkings privés lausannois, du Trade Club (Grands magasins), de Lausanne Tourisme, du vice-président de GastroVaud et du city manager (secrétaire général de DECLIC)

[2] Interview d’Antonio Da Cunha, Le Temps, 26 juin 2007